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Dans L’urne bafouée, un homme racontait l’injustice faite aux morts. Dans ce Tome II, il cesse de raconter : il agit. Ce second volume reprend là où l’indignation laissait le lecteur, pour entrer dans l’arène des procédures, des requêtes, des délais et des silences judiciaires. On quitte la plainte pour le combat, le constat pour la marche, la douleur pour la détermination. Ici, l’urne n’est plus seulement un symbole. Elle devient l’objet d’une lutte réelle, concrète, âpre, menée dans les corridors de la justice.
Ce livre raconte cette traversée entre la mémoire et le droit, entre l’amour et la loi, entre ce qui devrait aller de soi — enterrer ses morts — et ce qui doit pourtant être arraché pièce par pièce. Ce Tome II n’est pas un règlement de comptes. C’est une quête de dignité. Face aux lenteurs, aux faux-semblants et aux refus sans visage, un homme se dresse non pour gagner, mais pour faire juste. Il ne réclame pas réparation, mais repos. Il ne demande pas de compensation, mais de sépulture.
À travers cette nouvelle instance successorale, c’est moins une procédure qu’un cri silencieux que le lecteur découvre : celui de la mémoire qui refuse d’être confisquée, de l’amour qui refuse d’être administré, de la mort qui réclame sa place. Ce livre est celui de l’après. Après le choc. Après l’oubli. Après l’injustice nommée. Et il pose, comme un dernier défi à nos consciences modernes, cette question simple et vertigineuse :
Qu’advient-il d’une société qui négocie le repos des morts ?
Chapitre 1
L’époque où l’on converse avec des machines
Il est venu un mot nouveau dans notre quotidien : l’« IA ». On le prononce sans trop y penser, comme si c’était une vieille connaissance. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, ce n’était qu’une idée pour spécialistes. Aujourd’hui, c’est partout. Tout le monde y a accès, tout le monde s’y frotte, tout le monde s’y perd un peu.
Nous parlons désormais à des machines. Elles répondent. Elles nous écoutent — du moins, elles donnent cette impression. Elles trouvent, comprennent, comparent, assemblent en quelques secondes ce qui nous demandait, à nous, des heures, parfois des jours.
Le monde ne bascule pas d’un coup : il glisse. Et c’est dans ce glissement que bien des choses se perdent.
Je me suis surpris, un jour, à me demander si le métier d’auteur, celui qui commence par un geste simple — tenir un stylo, tracer une lettre, raturer une phrase — n’était pas en train de rejoindre une époque révolue. Je ne dis pas que l’on n’écrira plus : je dis que la manière d’écrire change tellement vite qu’on ne sait plus si l’on suit le mouvement ou si l’on est déjà en retard.
Tout va à la vitesse de l’instantané. On sait tout en quelques clics. Le doute même disparaît, remplacé par une réponse immédiate. Le silence ne dure plus : il est comblé par une ligne de texte venue d’un serveur lointain. Et l’individu, dans tout cela ? Il devient plus individuel, ironiquement....